Chuck Schuldiner Project

Tuesday, July 28, 2015

Interview avec Mathieu et Marc de Cobra



Cobra est le genre de groupe qui laisse son public plutôt perplexe. Formé en 1984, le groupe a su se constituer une fanbase grâce à leur singularité dans la scène metal actuelle grâce à des morceaux comme «Des lieux associatifs pour les jeunes », « Pédés et drogués » ou encore « J’aime regarder les filles qui marchent sur des seringues (sur la plage) » ; des titres pour le moins interpelants qui ont su trouver leur public à travers la France. Cette réputation leur a par ailleurs permis de faire retentir leur Hard Rock aux textes et à l'esthétique décalés en première partie pour Kickback au Nouveau Casino (une programmation pour le moins curieuse contrastant l'humour décalé de Cobra avec la réputation ténébreuse du groupe Parisien). A l'occasion de leur passage à Paris en première partie pour Iron Reagan, j'ai eu la chance de pouvoir caler un entretien avec Mathieu (guitariste) et Marc (chanteur) pour discuter de leur groupe qui commence à faire de plus en plus de bruit tout en laissant certains tout aussi perdus.

- Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, est-ce que tu peux tout d’abord nous expliquer : qu’est-ce que l’esprit Cobra ?
Marc:
(Pensif) L'Esprit Cobra, c'est déjà le métal, parce que c'est quand même le style de musique qu'on joue. A la base c'est du Hard Rock/Metal/Punk, quelque chose d'énergique, une musique de bourrin pour des gens un peu bourrins. C'est quelque chose qui va droit au but, qui réfléchit pas trop...

Mathieu: ...Qui ne réfléchit pas du tout. On voit ca comme quelque chose pour s'amuser, pour être bien.

-Pour les gens ayant déja assisté à un de vos concerts, on ne peut qu'être frappés par l'esthétique et l'ambiance assez particulière autour de votre musique.
Marc:
C'est vrai, mais finalement on n'arrive pas spécialement bien à l'expliquer. Ca part dans tous les sens. On essaye peut-être un peu de choquer, de pousser les choses à l'extrême, pas uniquement la musique d'ailleurs. Dans la musique extrême on va dire que les paroles sont un peu... on va dire consensuelles... et nous on essaye de faire comme sur une guitare quand on met un overdrive. On a nos idées, on met un overdrive dessus et quand ca ressort ca sature de partout. C'est n'importe quoi, c'est de la connerie poussée à fond les manettes.

- Pourquoi avoir choisi le Cobra pour vous représenter ?

Mathieu:
En fait on se connait depuis assez longtemps avec Marc et on faisait déjà de la "musique" en 1984 et à l'époque on trouvait ça très bien de s'appeler Cobra.

Marc: On était... assez jeunes (rires de Mathieu). Pour te situer l’âge qu'on avait, c'était quelque chose qu'on trouvait assez pertinent comme nom de groupe. A l'époque on avait des groupes comme Scorpions ...

Mathieu: Il faut dire qu'on avait 12 ans aussi...

Marc: ... Ouais y'a de ça aussi (rires de Mathieu). Franchement c'est triste à dire en y repensant comme ça mais il n'y avait aucun second degré. A l'époque ca paraissait super cool de s'appeler Cobra, ça faisait heavy metal, ça faisait ce qu'on voyait dans "Enfer Magazine" et finalement c'est resté. On a fait d'autres trucs sous d'autres noms mais on y est revenu parce que ca faisait tellement désuet que finalement c'était bien.

- Le nom a repris une nouvelle signification du coup.

Marc:
Ca a en effet repris une nouvelle signification oui. Cobra ca fait penser au tuning, aux bikers, à des trucs un peu bourrins qui se veulent méchants...

Mathieu: ... sans trop y croire (rires)

Marc: Il y'a un côté ringard dans Cobra qui me plait bien oui.

- J’ai pu lire que Cobra existe depuis 1984, or votre 1er album date de 2001, pourquoi avoir mis autant de temps pour sortir vos albums ?

Mathieu:
Comme on vient de te dire, on a fait plein de trucs quand on était plus gamins et ca a dérivé au fur et à mesure. Là dessus on n'avait jamais vraiment concrétisé. On faisait des cassettes à l'époque et du coup la première fois où on a eu la chance d'avoir un graveur de CDs' on a fait un album (rires).

Marc: Le 1er album date plus de ca disons, ca date du premier graveur de CDs' et des premières connexions à internet pour diffuser un peu.

Mathieu: On a toujours tout enregistré chez nous.

Marc: Ca a toujours été un loisir, ca n'a jamais été un "vrai groupe". A la base c'était quelque chose qu'on faisait pour nous et quelques copains, pour une bande, c'est d'ailleurs pour ca qu'il y a toujours eu ce côté "private joke", et ca passera très bien auprès des lecteurs américains. Il y a toujours ce côté un peu "opaque" qui fait qu'on sent qu'il y a une connerie mais on ne sais pas vraiment laquelle c'est. Souvent ca a un rapport avec des choses qu'on a pu vivre, qu'on a pu voir et qui nous ont fait marrer, qu'on ressort et qui sont complêtement débiles. On peut penser que ca vient de rien mais il y a toujours un front de vérité, une vraie raison dans les choses qu'on peut dire.

- Votre groupe fait également référence à la scène hard-rock et metal francaise des années 80. Votre titre « Fils du Cobra » fait notamment référence Malediction, Satan Jokers, Killers dans son refrain (« Fils de Satan, Fils du Metal, Fils de la haine », suivi de « Fils du Cobra »).
Marc: Oui enfin c'est pas volontaire, c'est pas un hommage qu'on a fait à ces groupes-là, c'est plus un hommage à cette scène-là. Je ne vais pas dire non plus qu'on essaye de recréer ca mais c'est vrai que c'était agréable d'avoir une scène qui ne se prenait pas trop la tête, qui n'essayait pas de faire passer des messages... des groupes qui pouvaient s'appeler "Sortilège" et qui faisaient ca au premier degré. C'est un peu la vision qu'on a du métal; c'est quelque chose de très sérieux, on ne fait pas ça pour rigoler mais c'est plutôt décomplexé. On ne cherche pas à intellectualiser les choses.

- Etant donné que votre groupe existe depuis maintenant une 30aine d’années. Quel est votre point de vue sur l’évolution de la scène rock et metal aujourd’hui ?
Mathieu:
En tout cas je pense qu'il y a eu une époque où c'était la honte d'écouter du metal. Maintenant c'est devenu mainstream, t'as qu'à voir le nombre de mecs que tu peux voir se balader avec des T-shirts Burzum...

- Y'en a justement un qui est venu ici pour taxer une bière dans le frigo il y'a 5 minutes.

Mathieu:
Ouais... (fou rires). Si tu prends un groupe comme Metallica par exemple tu peux voir la période où ils ont essayé de se raccrocher à la période grunge parce que le métal était banni. C'est un peu cette période là où le fait d'écouter du métal signifiait que t'aimais ca. Il y a eu une grosse période de creux et maintenant c'est vrai que... j'irais pas jusqu'à dire que ca redevient "branché" mais c'est vrai que c'est à nouveau considéré comme faisant partie de la culture musicale actuelle. Je ne sais pas si c'est super compréhensible ce que je raconte (rires).

- Voilà 3 ans que vous avez sorti votre dernier album « Les Clefs de l’inquiétude ». Quand pouvons-nous espérer une nouvelle sortie pour Cobra ? Et à quoi devrions nous nous attendre ?
Mathieu:
Vous allez déja avoir un 45-tours, ce qui est déja un miracle. En fait on n'est pas du tout productifs par rapport à ca.

Marc: C'est un loisir donc c'est quelque chose qu'on fait à coté et forcément plus tu avances dans le temps moins tu as de temps pour certaines choses donc c'est vrai que c'est de plus en plus dur...

Mathieu: ... de pondre.

Marc: De toute facon on n'a pas vraiment de Label, pas vraiment de "contraintes". Quand on fera quelque chose, c'est qu'on aura eu envie de le faire, que ca nous plaira. On ne va pas non plus, parce qu'on parle de nous un peu plus maintenant, sortir des trucs, pour aller dans le sens du vent, faire rigoler les gens... C'est pas trop le but.

- Vos paroles parlent de drogues, de satan, de nihilisme mais pousse également des cris de révolte engagés contre  certains maux de la société, notamment les problèmes auquel la jeunesse de France fait face. Quel est votre avis sur l’Etat de la politique francaise et de la jeunesse de France aujourd’hui ?
Mathieu:
Moi j'y comprends rien et ca me fait chier.

Marc: On a aucun avis parce qu'on ne s'intéresse pas du tout à ce qui peut se passer dans la société. On est un peu des abrutis. Considère nous un peu comme des petits caniches qui aboient. Ce qu'on aime, c'est gueuler.

- Peux-tu nous citer un de tes albums, un de tes films et un de tes bouquins préférés ?

Marc: Je dirais... "Killing is my Business ... and business is good" de Megadeth. J'écoute beaucoup de black metal aussi.
 
Mathieu: En ce moment j'aime beaucoup "Kvelertak", déjà parce que c'est chanté en Norvégien donc j'y comprends rien, au moins ne cherche pas à y comprendre quoi que ce soit. Ensuite je trouve que scéniquement c'est énergique et il y a une bonne homogénéité dans leurs compos avec l'aspect rock n' roll avec du blast par moments. C'est un mélange qui est assez agréable à écouter et qui a un petit côté riff à la Turbonegro qui est agréable.
- En terme de films?
(Les deux prennent le temps de réfléchir...)
Marc: ... c'est que des vieux films de merde!

Mathieu: Le problème avec nous c'est que ca peut vraiment être tout et n'importe quoi. Ca dépend vraiment du jour, on peut s'enflammer sur n'importe quoi (rires). "Rue Barbare" et "Tchao Pantin" sont des bons exemples...

Marc: Tous les films policiers français sordides des années 1980.

- Et pour les bouquins?
Marc: Ah non! Alors ca c'est interdit! (rires de Mathieu)

Mathieu: Non on.... ouais...

Marc: D'ailleurs tout à l'heure on voyait que tu lisais un livre et ca nous plaît pas! (fou rire de Mathieu) On est absolument anti-culture, surtout la culture écrite (rires). Zéro livres!


- Pour finir, avez vous un message à faire passer à nos lecteurs américains?

Marc: On les aime bien les américains. Pour nous l’Amérique c'est un peu comme dans les chansons de Pantera...

Mathieu: ... Ou de Mötley Crüe. D'ailleurs on va aller voir leur dernière tournée à MONACO!

Marc: Que les américains arrêtent de se faire emmerder par les intellos qui les critiquent. Ils n'ont de lecons à recevoir de PERSONNE! (rires)

Mathieu: C'est l’Amérique!

Marc: Plus sérieusement, toute la claque qu'on s'est prise en 1983-84 c'étaient des groupes américains. Comme on est un peu restés sur cette période et sur cette ambiance là, c'est vrai que ca nous a marqués: les Twisted Sister, Mötley Crüe, WASP...


Interview par Robin ONO
Encore une fois merci à Cobra pour avoir rendu cette interview possible !


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