Chuck Schuldiner Project

Tuesday, December 6, 2016

Interview avec Johannes Persson de Cult of Luna (14/04/2016) (Ver. Francaise)


En petit bonus pour vous, chers lecteurs, j’ai le plaisir de vous ressortir une vieille interview de mes archives, un article qui n’a malheureusement pas pu être publié au moment de sa finalisation. L’année 2016 touchant cependant à sa fin et l’album Mariner de Cult of Luna & Julie Christmas tenant toujours en tant qu’album phare de l’année, il aurait été trop dommage de laisser l’article prendre la poussière. Ayant été réalisée peu de temps après la sortie de l’album, il est à noter que le groupe n’avait à cette époque aucune intention de jouer l’album en live, décision sur laquelle le groupe reviendra 7 mois plus tard avec une tournée dédiée à l’album aux côtés de Julie Christmas.  Cela étant dit, je vous invite à lire cette interview en gardant en tête sa date de réalisation.


Sortis d’un silence assourdissant avec l’annonce d’un nouvel album en collaboration avec Julie Christmas ainsi qu’une tournée célébrant les 10 ans de Somewhere along the Highway, les membres de Cult of Luna reviennent en force sur les devants de la scène pour un mois d’avril retentissant. Entre le retour sur un album désormais culte de leur immaculée discographie et la sortie d’un album assurant d’ores et déjà et sans le moindre doute sa place auprès des meilleurs albums de l’année, le moment semblait on ne peut plus propice pour s’entretenir avec le fort sympathique Johannes Persson pour parler de l’évolution du groupe.

Vous êtes actuellement en tournée pour le 10ème anniversaire de Somewhere along the Highway. En rétrospective, comment voyez vous ce chapitre pour le groupe?

Ce n’est pas tant le moment de sa sortie qui importe autant que la manière dont on l’a écrit. Avec Salvation, on commençait former notre propre voix, mais c’est véritablement avec SatH qu’on était vraiment “nous”. Ce qu’ont fait en ce moment découle directement de cette ère. On a fait l’album super vite: on l’a écrit en 3 mois et enregistré en 1 semaine. On n’a pas eu le temps de beaucoup penser sur le moment, on a simplement écrit et on a laissé les choses se faire. On ne s’est pas posé de questions, on l’a juste fait. On a écrit ce qui nous semblait bon.

La base de votre son a été édifié par sa spontanéité.
Exactement. Des titres comme And with Her Came the Birds n’aurait jamais été possibles sur les autres albums. L’enregistrement était aussi très spécial parce qu’avant on s’enfermait en studio et on bossait pendant des heures à la ronde. Pour cette fois-là on avait embarqué tout notre matériel d’enregistrement dans un petit cottage perdu et on a travaillé comme des fous en essayant d’enregistrer le plus possible en live. And with Her Came the Birds a été enregistré en live au milieu de la nuit. Magnus avait aussi placé des micros en extérieur pour capter le ruissellement de la neige qui fondait et s’en est servi sur le début du morceau.

Etant en tournée pour SatH tout en ayant tout juste sorti votre nouvel album Mariner, quel est, selon vous, la plus grosse évolution ou changement pour le groupe dans ces 10 ans séparant ces 2 sorties?
Il y a beaucoup de choses. Musicalement, c’est plus simple pour les fans de répondre à cette question. Après, avec l’age vient un semblant d’assurance qui tient plutôt de fait d’en avoir plus rien a battre (rires). Il y a moins d’anxiété qu’avant, et tu n’avais pas l’avantage de savoir ce qui était bon ou pas. En rejouant ces titres d’il y'a 10 ans j’ai aussi été surpris sur certaines choses. Les morceaux étaient vraiment bons et plus techniques que ce qu’on fait actuellement, du moins de mon coté. Je n’aurais jamais pu écrire cet album aujourd’hui, impossible. Je suis une personne différente et bien que nous soyons les mêmes individus, l’album ne serait pas sortis comme tel aujourd’hui. On aurait pris des positions et décisions complètement différentes.

Est-ce que ca ne découlerait pas d’une approche différente de l’écriture?
Je ne pense pas qu’on aurait été aussi “ouverts” à certaines choses qu’auparavant. Ca peut sembler contradictoire, mais je pense que certaines parties qu’on aurait jugés trop “simples” où on se serait dits “Ok, il faut qu’on fasse autre chose sur ici”. Dim n’aurait pas sonné comme tel aujourd’hui. Sur ThirtyFour, qui est un morceau très complexe à jouer, on alterne entre des mesures à 3 et 4 temps, ce qu’on n’aurait jamais fait aujourd’hui.
Quant au groupe, je pense qu’on est plus “sûrs” maintenant. On n’a pas eu de vraie dispute en 6-7 ans, ce qui est un peu dommage n’empêche (rires). Avec Andreas on se chamaillait beaucoup.

Sur des questions créatives?
Sur tout. Une fois on s’était disputés sur une histoire de chambre d’hotel et on a fini par essayer de se donner mauvaise conscience en dormant dans le van. Il ne devait qu’y avoir qu’une personne qui devait dormir dans le van et on se disait “Je le fais! Non, c’est moi!”, et on a fini par dormir tout les deux dans le van et j’ai chopé une pneumonie de malade que j’ai gardé quelques semaines. C’était horrible (rires). Mais on ne se chamaille plus.

Vous venez de sortir Mariner avec Julie Christmas. Peux tu nous parler des thèmes abordés sur l’album?
Après SatH on a fait Eternal Kingdom, qui était inspiré de l’environnement rural où in a grandi. Avec Vertikal on voulait faire quelque chose de complètement différent, on voulait faire faire un album futuriste sans tomber dans le cliché de faire une B.O. de Blade Runner. On avait de créer le son d’une ville mécanique inspirée de l’expressionnisme allemand et du futurisme. On savait déjà ce qu’on voulait faire par la suite, d’où le titre Vertikal ; on regardait vers le haut. Le titre In Awe of sur l’album parle de l’admiration de l’espace. On a aussi fait l’EP Vertikal II, avec la pochette qui évoque les lumières de la ville dans le ciel. Du coup quand on a décidé de faire un album avec Julie on lui a dit qu’on voulait faire un album sur voyage qui partirait de la terre en dépassant la vitesse de la lumière pour atteindre les limites de l’espace. On lui a expliqué ce concept musical tout en lui disant qu’elle pourrait faire ce qu’elle voulait, on ne lui a mis aucune pression. La musique est donc inspirée du voyage concret dans l’espace mais également de l’idée de toucher de nouveaux horizons pour découvrir ce qui s’y cache, laisser sa zone de confort dans le domaine musical et artistique pour voir ce qui se passerait. Ca parle d’exploration.

Comment s’est déroulé le processus de collaboration, sachant que vous n’étiez jamais dans le même studio ensemble?
Le fait est qu’on savait à l’époque qu’on allait moins tourner, du coup on lui a dit “Ecoute, vu qu’on ne va pas tourner, pourquoi pas faire un album pour lequel il serait impossible de tourner?”. Avant de se décider si on allait faire l’album, je lui ai envoyé quelques idées que j’avais écrites sur mon ordi, et ca a fonctionné à merveille. On lui a ensuite envoyé des demos. Elle a suggéré quelques idées de modifications et on a fini par en utiliser certaines, on en a laissé de côté et on en a modifié quelques unes avant de les mettre en oeuvre. Pour ce qui est de sa voix, on n’avait aucun contrôle sur sa voix, ce qui faisait assez peur. Mais une fois qu’on avait l’album en main, on s’est rendus compte qu’il n’y avait aucune raison de s’inquiéter.

Y a-t-il eu des surprises par rapport à ce à quoi vous vous attendiez?
Pas vraiment. Je pense qu’au départ elle avait un peu de mal à comprendre comment on fonctionnait et comment on composait. Quand on écrit, on sort des trucs très monotones, et si vous n’êtes pas habitués on peut se demander “Comment est-ce que ca va devenir un morceau? C’est le même riff qui tourne en boucle”. Mais c’est là qu’on commence à ajouter des couches avec chaque instrument pour finalement avoir des parties différentes alors qu’à la base nous avions une partie qui sonnait pareil pendant 4 minutes. C’était un peu dur à comprendre pour elle parce qu’on n’avait que des démos on lui disait “sur cette partie on va faire ca”, mais on s’est vus à New York en automne dernier et elle nous a vus en concert. Elle nous a dit “Maintenant je comprends ce que vous faites, au travail maintenant” et c’est à ce moment qu’elle a commencé à sortir des merveilles.

Ca peut paraître un peu prématuré, mais j’ai pu lire que vous avez commencé à écrire votre prochain album. Est-ce que vous pouvez déjà donner des pistes sur cette sortie ?
Il est bien trop tôt. J’écris en permanence, mais je ne sais pas si ca va finir sur l’album. Je peux déjà dire qu’il ne sortira pas dans un an, mais au delà de ca je ne sais pas du tout. On a cette tournée, puis on a 4 concerts en mai, mais au delà de ca on n’a rien de prévu. On a chacun nos vies, donc on verra. On aime bouger, on aime écrire mais on ne va rien précipiter.

Peux tu nommer un de tes albums, films et bouquins préférés?
Albums: Ok Computer de Radiohead est un des rares chefs d’oeuvres de ce monde.
Films: Je travaille dans ce milieu donc c’est pas évident. Pour nommer un film récent, j’ai vraiment adoré The Danish Girl. Le mec qui joue Lili était incroyable! Sinon un de mes films préférés est Deux Soeurs. J’adore les films d’horreur asiatiques.
Bouquins: J’ai commencé à m’intéresser à la première guerre mondiale, et le premier bouquin qui  y a étincelé mon intérêt est A l’Ouest, Rien de Nouveau d’Erich Maria Remarque. Je devrais le relire maintenant que j’en sais davantage sur l’enfer que c’était sur le front. T’avais tout ces soldats qui se faisaient broyer sur place. Tu voyais la première ligne partir et se faire totalement décimer par le barrage d’artillerie avant que ce soit ton tour… Un autre roman superbe, un des plus intelligents que j’aie lu, est Le Comte de Monte-Cristo d’Alexandre Dumas. Quel putain de bouquin! Le mec passe 10 en prison à comploter sa vengeance. Ca aurait été bien trop simple de tuer tous ceux qui t’ont causé des torts, et donc le gars prépare sa vengeance pendant 13 ans pour rendre ces gens fous. C’est sublime, j’adore!


Interview réalisée et traduite par Robin ONO.
Live Photos par Rémy Barbe

Un grand merci aux groupe et au staff de HiM Media pour avoir rendu cette interview possible et pour nous avoir permis de publier cet article sur notre site.

Cult of Luna
Site Officiel
Facebook

No comments:

Post a Comment